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Blog du Master 2 Franco-Espagnol Pro Patrimoine, Gestion et Conservation du Patrimoine Territorial

Visite du MNAC de Barcelone

21 Novembre 2013, 10:11am

Publié par masterpropatrimoinedeperpignan

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Le vendredi 8 novembre 2013, nous nous sommes rendues au MNAC (Museo nacional d'Art de Catalunya) de Barcelone accompagnées de Monsieur Mathon (conservateur des antiquités et objets d'art). Nous y avons fait la rencontre de Mireia Mestre, directrice de la partie Restauration du musée. Cette femme passionnée par son métier, nous a accueillie les bras ouverts et nous a fait visiter les différents ateliers de restauration durant toute l'après-midi. Les restaurateurs ne travaillant pas le vendredi, nous n'avons malheureusement pas eu la chance de les voir intervenir sur les oeuvres. Cependant, nous avons vu les oeuvres et c'est ce dont nous allons traiter ici dans cet article.


Avant toute chose, il est important de retenir qu'au MNAC on trouve des restaurateurs de (presque) toutes les spécialités. Pour les matériaux organiques : deux personnes spécialisées en ont la charge ; pour le support de bois et mobiliers : deux autres personnes aussi ; pour la conservation préventive : une personne seulement ; une chimiste ; trois restauratrices de peinture sur bois et polychromie ; une spécialiste pour les papiers ; une personne dédiée à la restauration de photographie ; une personne chargée de l'administration et gestion ; et enfin la directrice de ce secteur : Mireia Mestre.


Information importante : Environ 300.000 oeuvres se trouvent au MNAC. Une partie seulement est exposée. En ce qui concerne l'Art Baroque par exemple, seulement 20 % de la collection est exposé alors que pour l'Art Roman et Gothique on expose beaucoup plus. Par ailleurs, en ce qui concerne la politique de prêt du MNAC, Mireia Mestre considère que le musée est « assez généreux ». 

 

 

 
 

L'Atelier de Restauration de peinture sur bois et polychromie


 

En entrant dans ce tout premier atelier de restauration, ce qui marque directement notre attention est une frise murale « déposée » (ou comme on dit en castillan et catalan « arrachée ») et recollée sur de la chaux fraiche.

 

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Mireia Mestre nous explique alors qu'il est très courant en Espagne de pratiquer cette technique d'origine italienne, technique dite d' « arrachement », dans le but de restaurer des peintures murales.

Dans cet atelier, Mireia Mestre nous montre plusieurs panneaux en restauration pour un autre musée, mais aussi la restauration de traverse en croix sur le dos de certains panneaux comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus.

 

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Certains restaurateurs travaillent même à partir de photographie de peinture infrarouge pour reconstituer un tableau comme c'est le cas ici de cet autoportrait de Viladomat, peintre catalan très important pour le MNAC.

 

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Mireia Mestre nous apprend que pour certains retables comportant des fissures, il n'y a malheureusement rien à faire car le bois recommence naturellement à fissurer avec le temps même si l'on intervient.

Nous observons par ailleurs le travail méticuleux et minutieux des restaurateurs fait sur certains tableaux fissurés, déchirés ou bien encore tachés comme c'est le cas sur cette photographie. Mireia Mestre nous montre ensuite deux tableaux qui étaient prêts à partir dans le bureau du maire de Barcelone. Les restaurateurs du MNAC sont intervenus sur ces deux tableaux en matière de protection pour l'accrochage. Ils ont posé une sorte de cadre-vitrine (protection de revers transparent) pour éviter la dégradation des tableaux. Mireia nous fait observer que les étiquettes présentes sur l'arrière des toiles de ces tableaux permettent de savoir à quelles expositions ces oeuvres ont participé.

Nous avons ensuite eu l'honneur de voir de près un tableau de Greco en restauration : la « Magdalena ». Ce tableau appartient à un autre musée. C'est Santiago Rossignol qui a acheté ce tableau à Paris au XIXème siècle (« pour une misère à l'époque » nous confie Mireia). Santiago Rossignol les a ensuite offerts au musée de Sitges.

 

Le saviez-vous ?

 

Des spécialistes de Madrid vont faire un catalogue raisonné de Greco très prochainement. Ils ont demandé des radiographies au MNAC.

 

 

L'atelier de dessin sur Papier et Photographie

 

Mireia Mestre nous a montré des dessins faits sur papier datant du XVIIIème siècle par l'artiste catalan Viladomat. En voici un exemple :

 

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La restauration de photographie demande de plus en plus de travail. Au MNAC, actuellement, la restauratrice spécialiste de la photographie se charge de la restauration des photographies des années 1940-1950-1960 des quartiers chinois de Barcelone (à l'époque quartiers très pauvres) réalisées par le catalan Joan Colom. Elle se charge notamment de refaire le support en bois de la photographie que l'artiste avait fait par ses propres moyens. Les photographies sont majoritairement en noir et blanc. Mireia Mestre explique qu'il est très difficile d'intervenir directement sur la photographie.

 

Le saviez-vous ?

 

Prochainement une exposition de près de 600 photographies de Joan Colom se tiendra au MNAC. Pour en savoir plus, n'hésitez pas à consulter le lien suivant : http://www.mnac.cat/exposicions/exp_futures.jsp?lan=002 .

 

 

Au rez-de-chaussée, on trouve un grand hangar dans lequel arrivent les camions chargés d’apporter les œuvres ou de les expédier. Un monte-charge sert à apporter les œuvres des ateliers de restauration ou des réserves jusqu’au lieu d’expédition. De chaque côté du hangar, on trouve des ateliers de restauration, dédiés aux matériaux inorganiques, ainsi que des laboratoires.

Le premier atelier que l’on trouve au rez-de-chaussée est l’atelier de restauration des supports en bois. Généralement, les restaurateurs y consolident tous les supports d’œuvres en bois, en fabriquent de nouveaux si cela est nécessaire. Lors de la visite, nous avons pu admirer dans cet atelier trois magnifiques vitraux de grande taille qui avaient été exposés lors de l’exposition universelle de 1896 et sont destinés à être exposés dans le futur musée du design de Barcelone. Pour cela, le centre de restauration restaure quelques pièces de verres endommagées ainsi que la grisaille. Ces trois panneaux étaient exposés sous la forme d’un seul grand tableau avec un cadre doré, qui est également en cours de restauration, puisque les vitraux y seront réintégrés. 

 

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Cet atelier est généralement utilisé pour la restauration de supports en bois. Les restaurateurs s’occupent de réparer les différents socles et cadres en bois. On trouve un autre atelier à côté de celui-ci dans lequel on trouve les différents matériaux servant à la réfection des supports des œuvres. On y trouve plusieurs échantillons de bois, ainsi que des matériaux plus innovants pour restaurer les œuvres. Dans cet atelier, nous avons également pu voir les pièces des vitraux dont nous avons précédemment parlé et qui sont fissurées ou endommagées. 

 

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L’atelier suivant est celui destiné à la restauration des matériaux inorganiques (pierre, céramique, métal …). Lors de la visite, nous avons pu voir un cas très intéressant de restauration, une statue en plomb carbonatée. La carbonatation des plaques de plomb est provoquée par les variations d’humidité de l’âme de bois (pin) qui soutient le métal. Cette corrosion est irréversible, on peut simplement ralentir la dégradation. Le centre de restauration a donc décidé de placer la sculpture dans une boîte en verre à un taux d’humidité stable afin d’éviter que la carbonatation s’accélère. Autre élément intéressant que nous avons pu voir dans cet atelier, c’est la restauration d’un décor en émail. L’émail a éclaté en minuscules éclats que les restaurateurs doivent repositionner sur la pièce avec une grande minutie étant donné la petite taille des débris. Nous avons également pu voir des bases de colonnes en mosaïque de la maison Güell réalisées par Gaudi. 

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A l’étage, au-dessus du hangar, se trouve le laboratoire d’analyses. On y conserve tous les prélèvements réalisés sur les œuvres qui ont été traitées par le centre de restauration depuis sa création. Cet archivage constitue une base de données considérable est très importante pour le centre. Ca laboratoire dispose d’un matériel d’analyse très sophistiqué. Mireia Mestre nous a d’ailleurs fait part d’une anecdote très intéressante concernant l’analyse d’une œuvre. En effet, le musée dispose depuis plusieurs années de trois colombes eucharistiques en émail de Limoges qui étaient attribuées à la période médiévale. A l’occasion du prêt de ces œuvres pour une exposition, le laboratoire a réalisé des analyses sur l’émail et a découvert que deux d’entre elles n’étaient pas médiévales, mais des faux. La seule colombe qui était réellement médiévale était entreposée dans les réserves. Aujourd’hui c’est celle-ci qui trône dans le musée. L’on voit bien avec cet exemple l’importance du travail mené par ces chercheurs. 

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Le laboratoire est le dernier atelier que nous avons pu visiter. Mireia Mestre nous a ensuite montré deux des réserves du musée, il s’agit des deux plus petites. La première que nous avons visité est composée de peintures sur bois et de sculptures sur bois polychromées. Les sculptures sont emballées dans un matériau plastique transparent qui les protège de la poussière ou de tout autre élément qui pourrait leur être nuisible. Les œuvres sont rangées dans des étagères coulissantes sur lesquelles une liste des œuvres se trouvant dans chaque étagère est posée, afin que l’on puisse savoir où se situe chaque œuvre, sans avoir à ouvrir une étagère. Les réserves sont équipées de pièges à insectes afin de pouvoir intervenir si la présence d’insectes xylophages est détectée. Les réserves sont également équipées d’un système de vidéo surveillance et l’entrée dans chacune d’elle est très sécurisée.

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La seconde réserve que nous avons visité conserve les peintures sur toiles et sur bois, ainsi que les fresques déposées qui ont été appliquées sur des toiles, comme nous avons pu le voir plus tôt. Cette réserve se compose essentiellement de tableaux de très grande taille, bien que l’on y trouve quelques tableaux de petit format.

 

 

La visite du Centre de restauration et de conservation préventive s’est ainsi terminée, mais nous avons eu la chance de visiter une petite partie du musée, celle dédiée à l’art roman, afin de pouvoir observer la reconstitution des absides d’églises dans lesquelles les fresques des églises originales ont été réappliquées, notamment celle de l’église de Saint Clement de Taull.

 

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Article réalisé par: Anaïs Simon et Marion Lannecastet.

Crédits photographiques: Anaïs Simon, Marina Batinic.

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Restauration de fresque 28/07/2016 18:11

Merci pour l'article. Vous m'avez donné une idée claire sur le musée et surtout sur l'atelier de la restauration. Votre visite est bénéfique pour vous et pour nous les lecteurs.