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Blog du Master 2 Franco-Espagnol Pro Patrimoine, Gestion et Conservation du Patrimoine Territorial

Visite du CCRP

6 Novembre 2013, 14:31pm

Publié par masterpropatrimoinedeperpignan

 

 

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Visite du Centre de Conservation et de Restauration du Patrimoine (CCRP)

par son directeur, Jean-Bernard MATHON

 

 

La visite des locaux du CCRP, au 150 avenue de Milan, dans la Zone Saint-Charles fut l'occasion de découvrir la grande richesse du patrimoine des Pyrénées-Orientales et les enjeux de sa conservation.

 

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Cette visite a commencé par les réserves, aménagées assez récemment, qui se subdivisent en trois :

- une grande salle de stockage provisoire par laquelle transitent les œuvres et où les objets en bois subissent un traitement insecticide ;

- une réserve d'objets et tissus où les œuvres sont disposées sur des rayonnages métalliques ;

- une réserve de tableaux et tapisseries où les œuvres sont suspendues à des grilles amovibles, sur rails, ou sur des tringles.

Toutes ces œuvres sont précautionneusement emballées et étiquetées. La température et l'hydrométrie des lieux sont contrôlées et régulées pour avoisiner les 21°C et les 55% d'humidité.

 

 

 

 

 

 

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La première de ces salles a permis d'aborder les problèmes des xylophages - du lent travail de sape des vrillettes ou
des fulgurants dégâts des termites - et des traitements insecticides. Certaines œuvres y recevaient un traitement par anoxie : enfermées dans des films thermosoudables avec des absorbeurs de dioxygène durant trois semaines, sous le contrôle d'oxymétries.

 

 

 

 

 

 

Trois types d'œuvres sont conservés dans les deux réserves attenantes :

- des œuvres en attente de restauration ;

- des œuvres en attente de restitution, qui ne l'ont pas encore été pour diverses raisons, notamment pour des problèmes de conservation in situ ;

- des œuvres de provenance inconnue, héritage de l'atelier de restauration qui préexistait au CCRP, de 1967 à 1989.

 

L'évocation du stockage de ce patrimoine, de durée variable, a justement suscité des questions de restitution et de présentation des œuvres. Quelle sera la destination des œuvres acquises par le Conseil Général, comme deux retables provenant de Cerdagne et préalablement exposés au Palais des rois de Majorque ? Où conserver et comment présenter les monuments, ces grands décors de la semaine sainte, si fragiles et encombrants ? Outre ces œuvres problématiques, les réserves renferment aussi des objets que leurs propriétaires ne peuvent ou ne veulent conserver, telle cette croix processionnelle qui attend l'aménagement du trésor de Néfiach, dans le cadre de la sécurisation des édifices et objets religieux, ou cet antependium dont la commune d'Angoustrine se contente de la copie.

 

La visite se poursuit dans les locaux du CCRP aménagés en 1998.

A l'écart des ateliers, une salle de documentation conserve les dossiers d'oeuvres ainsi que des ouvrages d'histoire, d'histoire de l'art et de restauration ; un studio de prise de vue sert au photographe libéral auquel fait appel le CCRP ; deux magasins de stockage distinguent les produits très toxiques (dans une salle aménagée d'extracteur) des produits non toxiques et du matériel d'emballage.

Les ateliers eux-mêmes sont subdivisés en trois ateliers principaux, consacrés respectivement aux supports, aux sculptures et aux peintures, et en deux locaux techniques, pourvus d'extracteurs et destinés à des traitements plus dangereux et au vernissage.

 

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La visite de ces vastes et lumineux espaces, à peine divisés par quelques étagères, a permis d'approcher concrètement les œuvres et d'évoquer tant leur technique et leur style, que leur état et les traitements retenus pour y remédier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La confrontation avec des statues de retables redorées au XIXe siècle fut l'occasion de distinguer deux techniques de dorure : la dorure d'origine, à l'assiette ou à l'eau - les feuilles d'or étant posées sur une assiette, composée de terre très fine, préalablement mouillée - est recouverte par une dorure à la mixtion ou à l'huile, associée avec une peinture rouge imitant l'assiette que l'usure laisserait transparaître. D'autres œuvres présentent la technique du sgraffito ou estofado qui consiste à recouvrir une dorure d'une couche de peinture et à gratter ponctuellement cette dernière de manière à faire apparaître la première selon le motif choisi. Apparaissent également des brocarts, motifs en relief appliqués sur le bois. Certaines œuvres présentent aussi la technique peu répandue de la toile enduite, les statues aux visages soigneusement sculptés étant vêtus de toiles de lin imprégnées de couches successives d'enduit, procédé qui associe rapidité d'exécution, légèreté de l'œuvre et effet de réalisme.

Les œuvres en cours de restauration affichent une grande variété de styles. Certaines témoignent d'un art populaire. Les nombreuses modifications qu'elles ont subies au cours du temps ont d'ailleurs pu travestir leur forme, les rendre méconnaissables et indatables, comme ces Vierges dites romanes aux formes empâtées par l'application de couches successives de préparation destinée à recevoir les dorures. L'atelier recèle aussi des trésors, des peintures de grande qualité, comme les neufs panneaux peints provenant de l'ancien retable de l'église d'Argelès, œuvre d'artistes venus du Nord, datable du début du XVIe siècle.

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Les œuvres ont souffert divers maux et reçoivent donc divers remèdes. Une Vierge à l'Enfant presque entièrement évidée par les termites nécessite un traitement extrêmement long et méticuleux, afin de consolider et conserver ce qui peut l'être, d'évacuer les déjections des xylophages, de combler les grands vides internes par un matériau léger...

 

 

 

 

 

 

 

 

540729 10151961432004617 1428521658 nDans l'atelier de restauration de peintures, des panneaux utilisés en remploi pour la prédelle du retable conservé dans la chapelle du Rosaire de l'église de Baixas depuis son transfert révolutionnaire présentent des peintures de qualité, de la fin du XVIe siècle, découvertes lors d'une restauration en 1991-1992. Certaines parties ont été découpées en planchettes, qui présentent des traces de sciage, et mal remontées. Les conservateurs-restaurateurs ont choisi de ne pas boucher ces interstices par un mastic mais de se contenter de calmer les blancs sur les bords des planchettes afin d'améliorer la lisibilité tout en laissant visibles les traces de l'histoire.

 

 

 

 

 

 

 

 

De même, pour les panneaux du retable d'Argelès, le choix a été fait d'éliminer les cadres du XVIIIe qui masquaient les architectures encadrant les scènes et de calmer les accidents pour qu'ils soient moins gênants, mais de laisser visibles les arrachements qui témoignent de l'histoire de ce retable dépecé. Les principes ayant été fixés à l'avance, les restauratrices (l'une du CCRP et trois prestataires libérales) ont travaillé isolément.

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Les restauratrices présentes cet après-midi au CCRP ont éclairé de leurs commentaires les œuvres et leur travail. Nous les en remercions.

 

Auteurs: Carine Durand, Laury Cousinet.

 

 

 

 

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