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Blog du Master 2 Franco-Espagnol Pro Patrimoine, Gestion et Conservation du Patrimoine Territorial

Rencontres régionales Languedoc-Roussillon : « Questions d’avenir », 50e Anniversaire Loi Malraux, 4 novembre Carcassonn

16 Novembre 2013, 13:33pm

Publié par masterpropatrimoinedeperpignan

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4 Novembre, Carcassonne

A l’occasion des manifestations autour du 50e anniversaire de la loi Malraux, l’Association Nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire a organisé le congrès sur les « Questions d’avenir ». Après une première session organisée à Montpellier, Nîmes et Narbonne, on a eu l’opportunité de participer à la deuxième session à Carcassonne et Béziers.

Le premier jour de ces rencontres régionales en Languedoc-Roussillon a eu lieu à Carcassonne (à la chapelle des Jésuites) où un débat interrégional sur les perspectives du développement urbain en relation avec les politiques d’urbanisme patrimonial a été ouvert. Une problématique s’est détachée de ce débat : la problématique économique et sociale des secteurs sauvegardés, sa mise en valeur et sa protection parmi les enjeux du développement urbain et touristique. Avec une nouvelle loi du patrimoine qui s’annonce, de nombreuses modifications sont envisagées, l’objectif de préservation devient un impératif et cela nous permet de poser des questions sur l’avenir des centres anciens.

            Monsieur Yves Dauge (le co-fondateur de l’Association Nationale des Villes et Pays d’art et d’histoire et des Villes à secteurs sauvegardés et protégés) a mis l’accent sur l’importance de « faire vivre les secteurs sauvegardés » et de développer l’attractivité de centres historiques. Une dynamique politique est possible avec la prise en compte des relations internationales et une vision globale sur le territoire. Il y a une question essentielle qu’on trouve souvent au sein des secteurs sauvegardés – c’est la question du logement et de la priorité de la résidence permanente. Si on veut « faire vivre » la ville, la politique du logement doit être dirigée vers une appropriation permanente. Cette question est étroitement liée à l’existence des commerçants dans un centre historique. Pourtant, une stratégie de développement urbain qui prend en compte la relation entre le centre et la périphérie est absolument nécessaire pour encourager une dynamique économique et sociale.

 

            Le chef du bureau de la protection et de la gestion des espaces, du Ministère de la culture et de la communication, monsieur Dominique Masson, a souligné l’importance de la Loi Malraux qui a empêché une grande destruction des anciens quartiers. La Loi a introduit la question du patrimoine urbain et cela a permis une évolution de la notion même de patrimoine. D’autre part, la Loi a permis la fondation d’une démarche opérationnelle qui a eu pour but d’assurer l’habitabilité dans le tissu ancien tout en respectant la morphologie urbaine. Aujourd’hui, le projet de la nouvelle loi du patrimoine représente une ambition, surtout en ce qui concerne la création d’une nouvelle dynamique économique ainsi que la création d’une politique du patrimoine décentralisé et conduite par les collectivités. Les actuels secteurs sauvegardés deviendront « les sites historiques » et leur réaménagement progressif étendra le paramètre sauvegardé. La fusion des secteurs sauvegardés en « sites historiques » est une idée de progrès orientée vers la décentralisation. La réappropriation des anciens bâtiments dans un centre historique est un projet difficile financièrement mais aussi socialement. La loi ne suffit pas, une réappropriation publique et surtout une relation entre les habitants et la valorisation du patrimoine est indispensable.

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L’exemple de la ville de Carcassonne illustre cette problématique. En effet, au sein de la Bastide de Carcassonne, située au cœur de la ville, tout autour de la place Carnau, de nombreuses opérations de valorisation du centre ancien ont été mises en place. La Bastide est composées de plusieurs carrons d’environ 80 mètres de côtés chacun. Ces carrons rassemblent plusieurs bâtiments au centre desquels l’on trouve des cours intérieures. Cet aménagement en carrons est l’image même de la ville et la Mairie de Carcassonne met un point d’honneur à leur conservation et à leur entretien, de la part des habitants qui les occupent.

La Bastide compte également un grand nombre d’hôtels particuliers que la Maison de l’Habitat et la Mairie cherchent à restaurer et à entretenir, afin de conserver le plus longtemps possible ce patrimoine. Certains hôtels particuliers appartiennent d’ailleurs désormais à la Mairie, mais d’autre sont des propriétés privées, parfois laissées à l’abandon. L’enjeu concernant ces bâtiments est donc de faire prendre conscience aux propriétaires de l’importance de ce patrimoine, afin que les habitants ou les propriétaires de bâtiments du secteur sauvegardé participent à la valorisation de ce secteur. Autre enjeu important dans la Bastide de Carcassonne : créer un lien entre la Cité médiévale connue de tous et la Bastide en centre-ville dont peu de gens connaissent l’existence. En effet, lorsque l’on parle de Carcassonne, l’on pense généralement à la Cité médiévale, qu’à la ville même. Cela s’explique surtout par le fait que l’entrée de la ville manque considérablement d’attractivité. Beaucoup de façades de bâtiments sont mal entretenues, les devantures des magasins ne sont pas ou très peu accueillantes …  Si l’on ne connaît pas Carcassonne, l’on n’a aucune idée qu’il existe dans le centre-ville un secteur sauvegardé et une telle richesse patrimoniale.

Le but est donc de redynamiser l’entrée de la ville afin de la rendre plus attractif est d’installer des parcours ou des navettes depuis la Cité, pour que les visiteurs de la Cité se rendent également dans le secteur sauvegardé, non seulement pour prendre connaissance de l’existence de la Bastide, mais aussi pour créer un dynamisme économique au sein de la ville et pas uniquement dans la Cité.

 

            Concernant le dynamisme économique de la Bastide, la ville de Carcassonne met un point d’honneur depuis quelques années à faire rénover les devantures des boutiques de la Bastide par les commerçants. Cela apporte en effet une attractivité supplémentaire et montre surtout que le secteur sauvegardé est vivant et bien entretenu par les habitants.

 

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Source de l’image : http://mescladis.free.fr/fondation.htm

            Malgré tous ces efforts de la part de la Mairie ou des services du STAP et de la Maison de l’Habitat, il reste un problème majeur au sein de la Bastide et plus largement du centre-ville de Carcassonne : plus de 25% des logements de la ville ne sont pas habités. C’est un part énorme du parc immobilier de la ville qui ne vit pas et qui n’est donc pas entretenu. Cela pose une question majeure, celle de l’attractivité des centres anciens et des secteurs sauvegardés, à laquelle la future loi patrimoine proposera des solutions. Le but principal à Carcassonne aujourd’hui est de rendre ces logements attractifs, de donner aux gens l’envie de vivre dans le centre ancien et cela passe par les nombreuses opérations que nous venons de citer.

 

            Ce problème ne se pose bien sûr pas qu’à Carcassonne, puisque aujourd’hui les habitants quittent les centres villes pour se rendre dans les campagnes environnantes où ils pourront installer leur pavillon avec tout le confort nécessaire à la vie moderne. La redynamisation des centres villes passe donc non seulement par l’attractivité esthétique de ces centres, mais aussi par les qualités des infrastructures que l’on y trouve, notamment en ce qui concerne le stationnement et la circulation qui sont le point noir de tous les centres villes.

            Le secteur sauvegardé de Carcassonne est ainsi au cœur des préoccupations actuelles concernant l’habitabilité des centres anciens et leur attractivité qui ont été abordées durant ce congrès. Pourtant des solutions existent ailleurs.

 

            Une solution, Alejandro Giménez et Sara Dauge en ont trouvé une pour leur ville : Barcelone. En effet, dans cette problématique de redynamisation des centres villes et d’attractivité, ils ont eu l’idée d’un concours public participatif. Le projet Racons publics Barcelona voit le jour à la fin des années 90, le but étant de faire participer les habitants de la ville à la rénovation de leurs quartiers. Pour cela, Sara et Alejandro choisissent des recoins délaissés de la ville et lancent un concours par le biais du journal de la Generalitat de Catalunya. Les normes du concours : les personnes qui le souhaite doivent réaliser un projet de restauration du ou des recoins délaissés (racons publics) de la ville. Le projet peut être rendu sous plusieurs formes : texte, dessin, plan, book photo … la seule règle est de le rendre sur un format A3. L’originalité de ce concours, c’est que chacun peut participer, il n’est pas obligatoire d’être architecte ou urbaniste, le but est de donner aux habitants le pouvoir d’agir sur leur ville, de participer à son entretien afin de se la réapproprier.

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Source de l’image : elbloc.net

 

            Les participants ont un mois pour rendre leurs projets qui passent ensuite devant un jury composé d’habitants de la ville de tous horizons, d’élus, de professionnels du bâtiments et des instigateurs du projet Sara et Alejandro. Quatre projets finalistes sont sélectionnés et un jury composé de financiers est réuni afin d’élire le projet gagnant. L’auteur de ce projet reçoit un prix et la réalisation technique de son travail est engagée. 

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Source de l’image : www.archdaily.mx

            Après trois projets réalisés à Barcelone, le projet racons publics est lancé à Bilbao, puis à Castellon en 2012, mais le projet sélectionné ne sera finalement pas réalisé.

            Lors du congrès, ce projet nous a beaucoup touché et nous a paru être une véritable innovation dans la rénovation des villes. En effet, quoi de mieux que la participation des habitants des centres villes pour redynamiser ceux-ci ? Après avoir discuté du projet avec Alejandro et Sara, nous espérons que le projet Racons Publics pourra un jour être envisagé en France et pourquoi pas à Perpignan où le centre-ville, qui est labélisé secteur sauvegardé pose un certains nombres de problèmes au niveau de l’entretien de certains quartiers et recoins de la ville. 

Pour plus d’informations sur le projet :

http://www.fad.cat/projects/view/25

http://fad.cat/raconspublics/2012/?p=911

 

Suite aux diverses interventions de la matinée, le congrès s’est poursuivi l’après-midi par une

visite de la Bastide, ainsi que par la visite de l’exposition Perspectivesqui est en réalité un

début de projet pour la création d’un centre d’interprétation dans la ville. L’exposition située

dans la Chapelle des Dominicains a pour thème la ville de Carcassonne, il s’agit de retracer

l’histoire de la ville et de la Cité médiévale. La muséographie reprend la disposition des

carrons dans la Bastide qui sont reconstitués en taille réduite dans la salle d’exposition. 

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Source de l’image : L’Indépendant du 1 février 2013

            La visite nous a ensuite conduit dans différents carrons afin de nous montrer les cours intérieures de ces bâtiments, puis dans plusieurs hôtels particuliers qui ont été rénovés, nous étions pour cela guidés par un historien de Carcassonne. La journée d’étude s’est terminée par un retour à l’église des Jésuites pour une table ronde sur les différentes problématiques qui avaient été abordées durant la matinée.

 

            Cette journée d’étude fut pour nous très instructive et nous a permis d’appréhender les différentes questions que pose la conservation des secteurs sauvegardés aujourd’hui, l’évolution de la loi Malraux, mais aussi les enjeux de la future loi patrimoine. On voit bien aujourd’hui, à l’heure ou le logement est un problème majeur en France, que la question de l’habitabilité des centres anciens est une priorité. Les collectivités locales doivent donc réfléchir à la redynamisation de ces centres anciens, à leur attractivité, car le but aujourd’hui est de faire vivre ces centres de l’intérieur, par le biais des habitants.

         

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