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Blog du Master 2 Franco-Espagnol Pro Patrimoine, Gestion et Conservation du Patrimoine Territorial

Le CRBMC (Centre de Restauració de Biéns Mobles de Catalunya)

15 Novembre 2013, 12:47pm

Publié par masterpropatrimoinedeperpignan

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 Source de l'image : Marina Batinic

La journée du 8 Novembre 2013 a été réservée à la visite du Centre de Restauració de Béns Mobles de la Generalitat de Catalunya (CRBMC) le matin et du Musée National d’Art de Catalogne à Barcelone l'après-midi. Tout d’abord, nous avons donc visité le CRBMC où l'un des restaurateurs et responsable de l'atelier de sculpture et peinture sur bois, Josep Paret Pey, nous a présentés l'histoire, la structure et les activités du centre.

 

 

 

 

La présentation du Centre


En 1987, avec la création du Direcció General del Patrimoni, la section de la conservation et restauration, située dans l’ancien monastère de Sant Cugat del Vallès, devient le Centre de Restauració de Béns Mobles de la Generalitat de Catalunyaaujourd’hui situé à Valldoreix, à 10 kilomètres de Barcelone. Un nouveau bâtiment de 4 000 m2, conçu spécifiquement pour le centre de restauration, a été inauguré en 2003.


La restauration des matériaux archéologiques, de la peinture murale, de la peinture sur la toile et de la peinture sur bois sont les principales spécialités du Centre. A partir de 2010, sous une nouvelle direction, le centre s'ouvre à de nouvelles disciplines dont la conservation préventive et la restauration des meubles, du papier, des œuvres graphiques, des sculptures en pierre, du textile, du vitrail, etc. Le centre travaille également avec des spécialistes externes et d'autres institutions (musées, universités, laboratoires de recherche) ainsi qu'avec d'autres ateliers de restauration sur des thèmes interdisciplinaires et collaboratifs. Ces travaux ont pour objectifs de favoriser les échanges scientifiques et techniques entre les restaurateurs de Catalogne mais aussi d'Espagne et de France.


17 personnes travaillent dans le Centre dont quatre restaurateurs. Les autres employés sont chargés de l'administration, de la gestion, de la documentation, de la photographie, des laboratoires photographiques ou scientifiques. Le centre collabore également avec des restaurateurs libéraux : des professionnels ou des stagiaires venus de toute l'Europe.

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Source de l'image: Marina Batinic


Le CRBMC a été réfléchi et construit de manière verticale pour permettre une meilleure circulation des œuvres. Le Centre se constitue d'ateliers de restaurations mais aussi d'un plateau photographique, d'un laboratoire de radiographie, d'un laboratoire d'analyses des matériaux, d'archives photographiques, de différentes salles de matériaux, de chambres d'extraction et d'ateliers (comme un atelier de menuiserie).

Parallèlement, une publication périodique intitulée Rescat est créée en 1996 pour diffuser l'information concernant les travaux de restauration et de conservation. Elle est actuellement disponible en ligne, sur le site officiel du CRBMC.


Les œuvres qui sont accueillies au CRBMC proviennent des collections privées ou publiques de toute la Catalogne. Elles sont soumises par pétitions et les travaux de restauration sont financés à hauteur de 70% par le Centre et 30% par le propriétaire. Les institutions publiques peuvent être à l'origine de la demande de restauration : pour cela, elles doivent présenter un projet de restauration effectué par un restaurateur professionnel. Le Centre peut alors prendre en charge les campagnes de travaux ou accueillir l’œuvre et le restaurateur à l'intérieur de ses ateliers. Pour financer ces restaurations, il existe des programmes d'aides au patrimoine mis en place par des banques essentiellement pour l'art roman mais également des collaborations avec les universités de Gérone et de Barcelone pour l'étude des œuvres.


Il est important de préciser qu'en Espagne, contrairement à la France, il n'y a pas de séparation entre l’Église et l’État. L’Église est donc encore propriétaire de son patrimoine et est l'institution qui possède le plus d’œuvres d'art en Espagne.


La formation des restaurateurs espagnols est similaire à celle en France : avec le plan Bologne en 1999 et son plan LMD, les études passent de quatre à cinq ans. Ainsi, les étudiants peuvent-ils intégrer deux écoles : l'Université des Beaux-Arts ou l'école de restauration de la Generalitat qui sont les seules à décerner un diplôme officiel reconnu.

 

L'organisation du Centre


Notre visite a retracé le parcours d'une œuvre qui arrive au CRBMC. Elle a donc débuté avec le lieu de récupération des pièces. Celui-ci est composé d'une chambre d'anoxie qui reçoit impérativement les œuvres : la salle est privée d'oxygène, le taux d'humidité et la température sont constamment surveillés pour permettre l'élimination des insectes xylophages (termites, vrillettes) sur les œuvres. Le traitement par anoxie est d'une durée d'un mois environ et permet d’éliminer les parasites sans produits toxiques. La salle de récupération des pièces est également constituée de magasins d'entrée et de sortie des objets mobiliers : ces magasins sont de petite envergure car ils n'ont pas vocation à emmagasiner les pièces.

 

1.JPGSource de l'image: Marina Batinic


Après avoir achevé son traitement par anoxie, l’œuvre est acheminée jusqu'au plateau photographique où elle doit être photographiée avant, pendant et après la restauration. La documentation des objets mobiliers contient des photographies effectuées avec lumière naturelle, lumière rasante, lumière diffuse (sans ombre), lumière ultraviolet et infrarouge pour observer les différentes couches picturales, les dessins préliminaires, les repentirs, les repeints, les attaques de parasites (termites, champignons, etc.). La salle de photographie est composée d'un certain nombre de matériel professionnel : des appareils photos, des appareils de réflectographie infrarouge (dont la qualité est cependant moins importante que l'appareil photo infrarouge), un pont avec une partie centrale qui s'ouvre pour pouvoir prendre des photos en hauteur (surtout pour les œuvres aux dimensions conséquentes).

 

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Source des images : Marina Batinic

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Nous nous sommes ensuite rendus dans la salle de radiographie, entièrement plombée pour la sécurité des employés. L'appareil permet de radiographier plusieurs supports : bois, tissu, pierre, matériel archéologique (pour voir par exemple un objet dans une motte de terre), etc. Les œuvres radiographiées peuvent atteindre un poids de 320 kg. L'utilisation de la radiographie pour étudier les œuvres ne les abîme pas : en effet, les éléments radioactifs affectent uniquement les cellules vivantes, ils ne sont donc pas nocifs pour les biens mobiliers.

 

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Source de l'image : Marina Batinic

 


Après l'étude photographique et radiographique, l’œuvre est amenée en atelier de restauration. Il en existe trois au CRMBC :

  • l'atelier de matériaux archéologiques et de pierre où l'on peut retrouver actuellement un sépulcre brûlé de Sainte-Lucie, des bustes reliquaires en argent, des pièces de monnaie anciennes, des peintures murales arrachées pour les sauvegarder du vol ou de la vente sauvage.

 

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Source des images : Marina Batinic

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  • L'atelier de peintures sur toile et de peintures et sculptures sur bois. Les processus de restauration ont évolué ces dernières années. Avant le rentoilage d’une peinture était systématique tandis qu’aujourd’hui on essaye plutôt d'effectuer une restauration du support. Les techniques de nettoyage ont aussi changé : on préfère nettoyer une œuvre d'après une technique chimique italienne qui permet le maintien du pH ou utiliser des vernis à base de résines naturelles avec un bas poids moléculaire ce qui permet une meilleure réversibilité. Il est intéressant de constater que les traitements effectués sur les œuvres sont plutôt des interventions préventives : il y a une réelle volonté de limiter les reconstitutions et les grosses restitutions au profit de techniques réversibles et visibles comme le trattegio.

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Source des images : Marina Batinic

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  • Un atelier polyvalent qui accueille en ce moment un sépulcre orné grâce à la technique de damasquinure qui consiste en l’incrustation de fins fils de métaux dans la pièce à décorer.

 

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Source de l'image : Marina Batinic

 

Les travaux de restauration peuvent faire appel à des scientifiques pour analyser la typologie des œuvres, les différentes couches picturales. Pour cela, le CRBMC est doté d'un laboratoire scientifique. Il est en effet important d'avoir un laboratoire pour les études préliminaires et pour proposer le meilleur projet de conservation-restauration. A partir d'un échantillon, on peut ainsi déterminer les différents types de bois, de textiles, etc. qui constituent l’œuvre. Les analyses sont effectuées sur les éléments naturels grâce à un spectre qui compare l'échantillon à une base de données. Cependant il est parfois difficile de déterminer les différents composants car les œuvres peuvent être composées de plusieurs matériaux. Le CRBMC n'employant qu'un seul chimiste, toutes les œuvres ne sont pas analysées.

 

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Source de l'image : Marina Batinic


La combinaison des différentes études préliminaires (photographiques et chimiques) permet de faire une bonne proposition de restauration. En effet ces techniques complémentaires augmentent la connaissance de l’objet et confèrent aux restaurateurs une plus grande maitrise de l’œuvre. Dès lors l’intervention gagne en qualité. Les études offrent une lisibilité de l’œuvre sécurisant le travail et permettent d’éviter les mauvaises surprises. Toutefois les budgets ne permettent pas toujours de réaliser tous ces examens, par conséquent on s’occupe d’abord des priorités.

 

 

Enfin, notre visite s'est achevée avec le service de documentation et d'archives. Trois documentalistes travaillent au sein du CRMBC. Elles emmagasinent et classent toutes les documentations (textes, photographies, radiographies…) relatives aux œuvres restaurées dans le centre. Ainsi une importante base de données se constitue en parallèle de l’activité de restauration.

 

2.JPGSource de l'image: Marina Batinic

 

 

Auteurs :

Marina Batinic

Meghann Bruno

Lucie Ollivier

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