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Blog du Master 2 Franco-Espagnol Pro Patrimoine, Gestion et Conservation du Patrimoine Territorial

L'atelier des barques du Centre de Conservation du Patrimoine Maritime (CCPM) sur le site de l'anse de Paulilles à Port Vendres.

21 Décembre 2014, 10:56am

Publié par masterpropatrimoinedeperpignan

Le mercredi 17 Décembre, après la visite des églises de Palau del Vidre et d'Argelès-sur-mer, Jean-Bernard Mathon nous a emmenés visiter l'atelier de restauration du centre de conservation du patrimoine maritime.

Pour l'occasion, nous avons été guidé par Henri Francès, chargé de médiation et Martin Luc Bonnardot, architecte naval et restaurateur qui nous ont exposés les points suivants:

Histoire de l'atelier et de ses collections

En 2002, le Conseil général des Pyrénées-Orientales crée la Mission patrimoine maritime avec le soutien de la DRAC Languedoc-Roussillon. Elle est rattachée au CCRP 66 en 2005.

La naissance de l'atelier des barques est liée au destin du musée de la voile latine du port de Barcarès créé dans les années 90 et qui avait collecté près de quatre-vingt barques. Suite à des problèmes financiers, le musée ferma ses portes en 1996 et la collection fut laissée à l’abandon pendant plusieurs années. Lorsque la Mission récupère la collection du Barcarès, il ne reste qu'une trentaine de bateaux pour la plupart centenaires (dont certains sont dans un très mauvais état). Ils sont d’abord restaurés sur la zone de Saint-Charles puis sur le site de Paulilles où est créé l’atelier des barques ouvert en 2010. La collection s'est ensuite agrandie par l'arrivée de navires provenant des côtes roussillonnaises et plus largement des côtes méditerranéennes.

La structure et l'organisation de l'atelier

Situé sur le site de l'anse de Paulilles rattaché à la commune de Port-Vendres, l'atelier est installé dans un entrepôt de l'ancienne usine Nobel (spécialisé dans la préparation de dynamite). Ce complexe industriel a fait l'objet d'une réhabilitation en 2008 et les bâtiments rénovés sont aujourd'hui dédiés à la valorisation du patrimoine naturel et industriel du Roussillon.

Ouvert au public, il est organisé en deux espaces: une partie basse accueillant l'atelier de restauration et une partie haute accueillant l’espace de médiation et d’exposition où d’une passerelle les visiteurs peuvent observer les restaurateurs à l’œuvre sur les bateaux.

L'équipe du centre est constituée de deux agents permanents dépendants du CCRP: Samuel Vilevieille ethnologue, chargé de mission et Martin Luc Bonnardot, architecte naval et restaurateur. Elle compte aussi un chargé de médiation Henri Francès, et un charpentier assisté d'un apprenti.

Les missions

La première mission de l'atelier est de conserver et de restaurer les bateaux avec pour but la remise à flot une fois les travaux finis. Ces missions sont accomplies au travers de trois principes:

  • analyser et contrôler l'état des objets et des embarcations afin de dresser la liste des interventions à réaliser. Ceci passant, systématiquement, par un travail de recherche et de documentation préalable à toute action de restauration.

  • restaurer avec les matériaux modernes tout en essayant de respecter les cultures, les savoir-faire, les structures et les matériaux traditionnels.

  • analyser les composantes techniques et élaborer des outils de présentation.

L'atelier laisse aussi ses installations et son équipement à disposition d'associations qui ont besoin de restaurer et réparer les bateaux.

La deuxième grande mission de l'atelier est la transmission du savoir-faire et d'un héritage culturel à la fois par l’emploi d’apprentis qui apprennent, au sein de l’atelier, le métier de la restauration de bateaux et par le biais de visites et d’expositions, à destination de tous les publics, où l’histoire maritime du Roussillon est mise en valeur.

Les problématiques concernant le patrimoine maritime sont différentes de celle du patrimoine artistique. Il s'agit d'un patrimoine tant matériel qu'immatériel, porteur d'une forte culture identitaire encore présente dans les esprits aujourd'hui.

Le fait que certains bateaux soient classés aux Monuments historiques ou aux Musées de France pose des problématiques et des contraintes spécifiques. L'atelier doit donc souvent faire face à des contradictions entre ses principes et les contraintes de la restauration.

Les projets en cours

La Charlotte. Originaire de Sète et construite en 1921, elle était destinée aux joutes marines et à la pêche. Classé au Monuments Historiques, ce navire est remarquable pour sa forme en mourre de pouar (ou groin de porc). L'atelier a jusqu'à maintenant effectué des travaux importants afin de rajeunir la structure du navire tout en respectant le gabarit d'origine.

La Notre-Dame-de-Consolation. Originaire de Collioure et construite en 1913 possède par ses caractéristiques trois appellations: elle fait d'abord partie de la catégorie des barques méditerranéennes à la fois par sa forme pointu et par sa voile latine (voile triangulaire). Elle fait ensuite partie de la catégorie des barques catalanes par la présence d'un capillou, résurgence à l'avant du bateau qui est la marque de fabrique des barques catalanes. Elle est aussi composée d'une quille centrale et de deux quilles latérales qui lui permettait d'atteindre la plage plus facilement. Enfin elle est appelée sardinal car c'est le nom qui était donné aux bateaux destinés à la pêche de la sardine et de l'anchois

Les savoir-faire, les matériaux et les techniques de restauration

La qualité de la conservation et de la restauration dépend de la qualité des matériaux et des techniques utilisés:

  • Sachant que la plupart des bateaux n'ont pas de plan de construction, les restaurations se font quasi-systématiquement à partir des gabarits d'origines ou de gabarit de bateaux similaires.

  • Les bateaux étant construits en bois, chaque partie du bateau nécessite un type d’arbre particulier (ex : le pin sylvestre très souple est souvent utilisé pour l’habillage du bateau et le chêne vert, plus dense et plus solide pour l’ossature du bateau).

  • Que ce soit pour la construction ou la restauration des bateaux les techniques sont les mêmes. Parmi elles, l'étuvage (travail du bois par la chaleur et l'humidité) et le calfatage (opération d'étanchéisation de l'habillage du bateau avant peinture) occupent une place essentielle dans le travail de restauration des navires.

Les techniques de pêche de la sardine

Il existe trois techniques de pêche de la sardine:

  • La pêche au filet droit (ou filet dérivant) qui est la technique la plus traditionnelle et la plus écologique car seul le poisson de bonne taille est pêché.

  • La pêche au bœuf qui est une technique inventée au XVIIIe siècle en Catalogne Nord. Elle est effectuée par deux bateaux trainant un filet tendu qui racle le fond de l'eau. C'est une technique très peu sélective et peu écologique.

  • La pêche au lamparo (autorisée en France à partir de 1947) qui est une technique de pêche nocturne qui nécessite l’utilisation de sources de lumière attirant le plancton et le poisson.

La pêche sur les côtes roussillonaises du XIXe siècle à nos jours

Entre 1890-1910, la côte vermeille connait une période de pêche très faste. On comptait alors près de sept cent barques entre Cerbère et Barcarès dont environ cent trente sur Collioure.

La côte a ensuite connu une progressive décadence marquée par deux dates:

  • En 1962, à la fin de la guerre d'Algérie, des rapatriés s’installent sur les côtes roussillonnaises. Parmi eux, des pêcheurs, qui possédaient des chalutiers (bateaux de pêche plus puissants et mieux motorisés) occupent très vite l'espace et le trafic maritime de la région. C'est le début de la première grande phase de disparition des barques catalanes.

  • En 1990, la loi Mellick propose une prime aux propriétaires qui accepte de stopper leurs activités et de détruire leurs bateaux. Cette volonté de renouveler et moderniser la pêche française va entraîner la deuxième grande phase de disparition des barques.

Les acteurs en collaboration avec le CCPM

  • L'Etat, La DRAC, la région et les instances françaises du patrimoine maritime qui sont les références sur le plan institutionnel mais aussi en ce qui concerne les financements et l'organisation d'évènements en lien avec le patrimoine maritime.

  • Le CCRP auquel l'atelier est administrativement rattaché et avec qui il partage les mêmes méthodes de restaurations.

  • Le musée maritime de Barcelone qui est un soutien essentiel dans les réflexions à propos des logiques de restauration mais aussi dans la création d'un réseau rassemblant un nombre important de musée et d'associations.

  • Les chantiers navals de Douarnenez et de La Rochelle qui apportent un soutien logistique et technique ainsi que des éléments supplémentaires dans la réflexion sur les logiques de restauration.

  • Les associations qui sont une alternative crédible face à la complexification des problématiques et des contraintes proposés par l'état et les institutions.

  • Le public, souvent composé de passionnés et de familles de pêcheurs, apporte à la fois un retour d’expériences et des informations essentielles à la compréhension et à la restauration des bateaux.

Horaires et Visites

Horaires d'ouverture durant l'été: Juin à septembre du lundi au vendredi de 9h. à 18h, week-end de 10h. à 18h.

Visites guidées: tous les jours à 11h30 et 15h30 (durée de la visite 45mn).

Animations jeune public de l'été: Le jeudi de 14h. à 16h.

Horaires d'ouverture durant l'hiver:Octobre à mai du lundi au vendredi de 9h. à 17h. (Visite libre).

Renseignements et inscriptions à l'atelier des barques par téléphone au 04 68 95 23 47 ou sur place.

L'atelier des barques en images
L'atelier des barques en images
L'atelier des barques en images
L'atelier des barques en images
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